Au bar de la Petite Maison on y discute de fin du monde, d'écologie et surtout des futurs concerts en programmation

« Squatter, c’est exercer son droit de désobéissance face aux dysfonctionnements du système ». Kévin, 37 ans, attend son procès contre le bailleur de la Petite Maison. Une ancienne brasserie de bière vendue à un bailleur social qui lui réclame 280.000€ de loyer.

Au sous-sol de la Petite Maison, des concerts sont organisés tous les 10 jours

Au sous-sol de la Petite Maison, des concerts sont organisés tous les 10 jours

A défaut de sonnette, il faut frapper fort sur la porte, les aboiements des chiens font office d’alarme. L’immeuble, reconnaissable entre tous, est recouvert des marteaux croisés de l’album The Wall des Pink Floyd. La poste s’ouvre, il faut se faufiler dans le bric-à-brac de vélos et de trottinettes électriques qui s’amassent dans l’entrée.

Kévin attend son procès contre le bailleur qui lui réclame 280 000€ de loyer

Kevin, ouvreur de squat depuis 7 ans accuse le coup : « D’habitude je reste anonyme sur les procédures d’expulsion, là, quelqu’un à donner mon nom. » En 2014, avec son collectif, ils ont investi cet immeuble qui était vide depuis 10 ans. Ils en ont fait un espace de création, ouvert au public où se côtoient artistes, musiciens, réalisateurs et SDF en galère. Depuis 2017, le nouveau propriétaire, SIEMP/ELOGIE, 3e bailleur social de la ville de Paris, souhaite récupérer son bien. « Pour s’assurer qu’on parte, il me réclame 280 000€ de loyer » précise Kévin.

 

Il est né et a grandi dans le quartier de la Petite Maison à deux pas du métro Charonne dans le 11e arrondissement. Ces rues, Kevin, 37 ans et 1.93m plus 30 cm de dread enturbannés sur la tête,  il les connait comme sa poche. Des squats il en a ouvert une bonne dizaine dans le quartier. A l’écouter, ouvrir celui-ci, a été une formalité : « Quand j’ai appris que Luis, un amis d’origine espagnol, 66 ans et galeriste, s’était retrouvé à la rue j’ai décidé d’ouvrir ce lieu. »

 La liberté se gagne au pied de biche

Une nuit, ils ont escaladé l’immeuble : « Sur les toits, les vasistas n’étaient pas fermés, on est rentré. On fracture jamais rien, c’est une règle de notre collectif ». Crédible ? Certains collectifs revendiquent l’implantation par la force. Sur leur site commun squat.net, on peut lire : « la liberté se gagne au pied de biche ».

Kévin s’allonge sur le canapé tel un patient lors de sa séance de psy.

Ses parents, un mélange d’anarcho-hypees et bikers tendance libertaire lui ont transmis sa vision de la liberté. Grand voyageur, il se rend quatorze fois en Inde, trois au Tibet, et l’Amérique latine, ses racines coté maternelle. De retour, il pose ses valises dans un loft Parisien. Il devient créateur d’effets spéciaux en bossant pour des boites de pub. C’est pour rester avec son ex fauchée qu’il s’installe en 2013 dans son premier squat, « Le plus gros squat de l’Est parisien, baptisé Le Bloc, rue Mouzaïa, une vingtaine de nationalités se côtoyaient là-bas » raconte Kévin en s’allongeant sur le canapé tel un patient lors de sa séance de psy.

Les squats hébergent un véritable microcosme de la société : artistes peintres, musiciens, grapheurs, mais aussi des « ouvreurs » comme Kévin, ou encore des sans-abris, nombreux à y trouver refuge.

Le squat c’est comme une valse à trois temps : le trouver, le perdre, recommencer !

De quoi soulager les mairies. Une étude de l’ONG Médecins du Monde révèle qu’en 2014 les villes réalisaient 6 millions d’euro d’économie sur les nuitées d’urgence grâce aux 6500 squats en France. Une raison de plus pour le motiver lui et son collectif, à créer en 2015, « Rien à signaler » (R.A.S) une association servant d’interface avec les bailleurs de biens. Avec l’aide de juristes, ils proposent un bail d’occupation intercalaire aux propriétaires de locaux vides, « Ils font une action asociale et ça leur permet surtout de supprimer les coûts de gardiennage, non négligeables » lance Kevin. Dernier fait d’arme, un ancien complexe sportif de la RATP conventionné de 3000m2 occupé pendant plus d’un an.

« L’avenir ? Des lieux vides disponibles, j’en connais une dizaine dans le 11e arrondissement , aucun souci. De toute façon, le squat c’est comme une valse à trois temps : le trouver, le perdre, recommencer ! »

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *