Kevin ouvreur de squats depuis 10 ans

Kévin, ouvreur de squat depuis 7 ans, va devoir faire ses valises. Baptisé « La Petite Maison », ce squat ouvert depuis 2014 sera bientôt détruit. Les nouveaux propriétaires veulent y bâtir un logement social pour cadre.

Le squat ouvert depuis 5 ans à deux pas du métro Charonne, héberge 7 à 8 personnes en situation de précarité. Ce lieu de 650m2 où se côtoient aujourd’hui artistes, musiciens, bénévoles et SDF en galère était à l’abandon depuis 10 ans. En 2014, avec son collectif, ils ont investi cet immeuble qui était vide depuis 10 ans. Lieu de création artistique et d’hébergement aux précaires, ils l’ont baptisé le squat de la Petite Maison. Une véritable autogestion s’est mise en place avec des plages horaires ouvertes au public.

Mais ce squat est sous le coup d’une expulsion définitive par le tribunal d’instance. Les habitants devront quitter les lieux au plus tard le 1er avril. L’ouvreur du squat, Kevin, qui bosse en agence de prod, accuse le coup. Il n’a pas réussi avec son association à s’entendre avec le bailleur SIEMP/ELOGIE, troisième bailleur social de la ville de Paris, pour signer une convention d’occupation intercalaire. Convention qui lui aurait permis de  rendre légal l’occupation, même temporaire.

« Justement, tu as reçu un référé du tribunal d’instance » lui lance Tony, 35 ans de squat à son actif et ouvreur d’une dizaine de lieux sur l’Ile de France.

« Qu’est-ce qu’ils me veulent encore ? » rétorque Kevin en consultant brièvement le courrier, « c’est surement à cause du jugement d’hier, on à 3 mois pour quitter les lieux ». La veille, Kevin a reçu la décision du juge qui a prononcé la fermeture définitive du squat au bénéfice des nouveaux propriétaires.

« C’est pas comme si on avait pas eu le temps de se retourner, depuis l’ouverture. On a eu pas mal de sursis, entre le bailleur qui a mis longtemps à réagir, qu’il le vende à un groupe immobilier, rajoutes à ça les trêves hivernales… » ajoute Kevin, assis sur un tabouret faisant face au bar illuminé par des néons bleutés.

Pendant qu’un groupe de musiciens transporte ses flycases au sous-sol, un homme et une femme, visiblement un couple éméché, s’allument une clope au bar. Leur bouteille de blanc est bien entamé.

Voir des immeubles entiers vides alors que des gens vivent dehors, c’est pour ça qu’on fait ça.

Au sous-sol de la Petite Maison, des concerts sont organisés tous les 10 jours

« Les nouveaux propriétaires me réclament 300 000 € de loyers impayés » conclue Kevin. « Ma seule condamnation c’était 16 000 €. J’ai pu m’arranger. Là, ça risque d’être vraiment chiant. »

Quelques personnes descendent en file indienne rejoindre le concert au sous-sol d’où émane des notes de musique électro.

Et de rajouter : « Je fais pas ça pour en vivre, on a un bar avec une programmation musicale et artistique, mais ce n’est pas un business. Le mois dernier, on s’est fait 60 €. Ma motivation vient du fait qu’il manque cruellement de lieux de création vraiment libres et gratuits. »

Sur leur site web un slogan affirme leur engagement militant : « Squatter, c’est exercer son droit de désobéissance face aux dysfonctionnements du système. »

 Les squats c’est comme une grosse coloc mais personne fait la vaisselle

Au premier étage, un espace transformé en atelier de peinture jouxte un petit salon aménagé avec des canapés de récup’. Emma, 19 ans, qui révise son bac, y loge depuis 3 mois. Bientôt, elle aussi devra trouver un autre endroit. Elle a passé plusieurs semaines dans un précédant squat Porte de St-Ouen où elle s’est fait sortir manu militari par des agents de sécurité.

« Les squats c’est comme une grosse coloc mais personne fait la vaisselle » rigole Emma en fumant une clope. Après la mort de son père, elle a décider de quitter sa famille « C’est compliqué, j’ai pas envie d’en parler » précise la jeune femme.

Depuis 3 ans, elle enchaîne les squats. Pour elle, désobéir c’est synonyme de liberté : « Ici on est libre à 100%, certains donnent des cours de français, d’autres bricolent des œuvres, si on veut on peut même peindre sur les murs sans avoir le proprio sur le dos. De tout façon, à terme, l’immeuble sera détruit. »

Emma et son chien au squat de la Petite Maison à Paris 11e

Emma et son chien au squat de la Petite Maison, dans le XIe arrondissement de Paris.

Visite virtuelle du squat de la Petite Maison

Récap’ des lois (non exhaustives) pour la réquisition des logements vacants :
> ordonnance n° 45-2394 du 11 octobre 1945 donnant pouvoir de police aux maire, article 2212-2 du code général des collectivités territoriales pour la réquisition de locaux vacants nécessaires au logement de familles sans abri mais qu’en cas d’urgence et à titre exceptionnel (poss. troubles à l’ordre public).
>Loi 2007 dit droit au logement opposable (DALO)
> Cons. const., déc. n° 98-403 DC, 29 juill. 1998, Loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *