Le 24 mars, Place de la Bourse à Paris, Extinction Rebellion France a fait sa déclaration officielle de « rébellion contre l’anéantissement du vivant » et appelé à un large mouvement de désobéissance civile.

Dimanche 24 mars, place de la Bourse à Paris, plusieurs centaines de personnes, venues de France et d’Europe, étaient réunies pour la «déclaration de rébellion» d’Extinction Rebellion France. Né en Angleterre en 2018, le mouvement s’est fait connaître par son action du 17 novembre, où 6000 participants ont bloqué les cinq ponts principaux de Londres, le «plus grand mouvement de désobéissance civile depuis des décennies», selon le Guardian. Depuis cette date, des mouvements se sont formés aux USA, en Italie, en Allemagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en France ; d’autres branches sont en cours de création dans de nombreux pays. Leur symbole, un sablier vert au milieu de la terre qui forme le X de XR, abréviation d’Extinction Rebellion, indiquant que le temps est compté pour de nombreuses espèces. Extinction Rebellion appelle donc à la désobéissance civile non violente contre l’extinction du vivant.

« Nous n’obéirons plus »

Après un début en musique avec le concert de l’Orchestre Debout, né pendant Nuit Debout, des membres d’Extinction Rebellion ont pris la parole à la tribune. Ici, pas de hiérarchie, de porte-parole, le mouvement se veut horizontal. Huit personnes, hommes et femmes, aux âges et aux looks très différents ont tour à tour saisi le micro. Le respect de la parité et l’acceptation de tous font partie des valeurs fondamentales du mouvement. Huit personnes pour un même discours :

L’urgence n’est pas seulement climatique, les ressources en eau diminuent. L’eau, l’air et les sols sont pollués. Nous mettons en danger la survie de nombreuses espèce végétales et animales, mais aussi la nôtre. (…) Nous, habitants et habitantes de pays développés avons conscience que le modèle économique en place est en grande partie responsable de la situation. Nous avons fait les gestes pour la planète, scruté nos empreintes carbone, signé des pétitions, marché pour le climat, rien de cela n’a suffit. Car pendant ce temps, les industriels ont continué de polluer et d’épuiser les ressources. Nous ne sommes pas dupes des discours qui visent à nous rendre tous et toutes également coupables de la catastrophe en cours. Dans ce monde, 70 % des gaz à effet de serre émanent de cent entreprises. Nous ne nous laisserons pas abuser par des mesures culpabilisantes visant les plus pauvres, alors que les premiers responsables ne cessent de s’enrichir. (…)  Nous sommes là pour déclarer la rébellion, nous ne nous tairons plus, nous n’obéirons plus, parce-qu’on n’a plus le choix, plus le temps.

 

« Si on doit aller en prison, on ira »

Ce discours radical séduit nombre de citoyens, comme Patrice, 60 ans, venu du sud-ouest, qui a rejoint Extinction Rebellion le mois dernier. Veste XR orange sur le dos, crâne rasé, sourire collé aux lèvres, il explique : «Je n’avais jamais vraiment milité avant, mais habitant près de Sivens, j’ai été sensibilisé aux luttes écologistes. Ce qui m’a plus chez Extinction Rebellion c’est la radicalité du message. On assume de rentrer dans l’illégalité si nécessaire, si on doit aller en prison, on ira. La bienveillance, l’empathie au sein de mouvement et l’absence de hiérarchie ont finit de me convaincre». Julien, 34 ans, parisien, est lui militant écologiste de longue date. Quand il s’exprime au sujet de la situation écologique actuelle, ses sourcils se froncent, contrastant avec son visage doux : «Vouloir une croissance économique infinie dans un monde dont les ressources sont limitées est un non-sens. Nous devons nous-mêmes prendre le problème à bras le corps, si on attend après les hommes politiques on est fichus. Il va falloir que l’on soit des milliers à désobéir. Ce n’est pas seulement l’avenir de nos enfants qui est compromis, c’est notre avenir à tous.»

« Il va falloir se battre »

Les invités à la tribune ne les démentiront pas, à commencer par l’historien et chercheur au CNRS Jean-Baptiste Fressoz, spécialisé en histoire environnementale. Selon lui, «au regard de l’histoire, aucune transition énergétique n’a jamais été réalisée et celle que l’on nous promet a bien peu de chance d’aboutir dans les temps impartis au sein du système économique actuel».

Devant un public grave et silencieux, Claire Lévy, ingénieur de recherche au CNRS, a ensuite pris la parole, pour exposer les conclusions du dernier rapport du Giec (Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) :  «Si on vous disait, montez dans ce bus, on a regardé son état, il y a 90 % de chances qu’il se crash, vous ne monteriez pas. C’est, avec d’autres mots, ce que dit le rapport du Giec. Il faut agir maintenant. Les effets sont déjà là : intensification des évènements extrêmes, montée du niveau des mers, recule de la banquise arctique, perte de biodiversité. Ne laissons pas faire.»

Après avoir alerté sur le risque de disparition de l’espèce humaine et les conséquences migratoires du réchauffement climatique, Susan Georges, militante altermondialiste, présidente d’honneur d’Attac, a conclu, sous les applaudissements, par ces mots : «La violence aide le gouvernement à discréditer les manifestants, alors oui à la non violence active ! Et si vous avez besoin d’une dame de 85 ans, je serai à vous côtés».

Selon Pablo Servigne, chercheur indépendant : «C’est dans l’adversité que se soudent les groupent et que les fraternités naissent.(…) Nous vivons les dernières fenêtres d’action climatique (…) Nous sommes un mouvement de légitime défense. (…). Derrière nous il y a une longue tradition de désobéissance civile, nous ne sommes pas les premiers, mais nous serons peut-être les derniers».

Enfin, Corinne Morel-Darleux, militante écosocialiste, conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes, a conclu : «Ça fait plus de 40 ans qu’on sait qu’on va dans le mur, qu’on demande aux institutions de réagir, en restant dans la légalité.(…) Alors qu’enfin la prise de conscience s’accélère, que les scientifiques sonnent l’alarme, que les jeunes se mettent en grève, qu’on obtient deux millions de signatures (pour l’Affaire du siècle), il ne se passe toujours rien. Pire, au fur et à mesure que les manifestations et la colère grandissent, en jaune, en rouge, en vert, ce qui grandit en face ce n’est pas l’action politique, mais la répression policière. (…) Le Giec nous dit que nous avons 12 ans avant d’atteindre les + 1,5°C. Il va donc falloir se battre, planter des arbres, saboter le système, bloquer des chantiers, ralentir la destruction. Tout en se préparant à ce que tout ça ne suffise pas à éviter l’effondrement».

Les revendications d’Extinction Rebellion

Les militants d’Extinction Rebellion on ensuite énoncé leurs revendications :

1- La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet.

2- La réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025, grâce à une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée.

3- L’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant.

4 – La création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.

Après une minute de silence pour les espèces disparues, les militants d’XR ont annoncé que maintenant, ils ne se tairaient plus.

«Un plan d’escalade des actions »

Pendant que Place de la Bourse, l’heure était à la déclaration de rébellion, d’autres membres d’XR étaient au musée d’histoire naturelle à Paris pour une action symbolique. Par dizaine, ils se sont allongés sur le sol pour représenter la mort qui guette le vivant si rien n’est fait. Un «die-in», réalisé simultanément place de la Bourse.

Mais les actions n’ont pas vocation à rester symboliques, un «plan d’escalade», de montée en puissance, est prévu. Depuis plusieurs mois, des militants se forment à la désobéissance civile non violente. Les actions d’Extinction Rebellion France débuteront mi-Avril, dans toute la France, lors de la semaine Internationale de la rébellion.  

 

 

Crédit Photo : Philippe Labrosse