Annoncée comme «la plus grosse action de désobéissance civile des dernières années», l’action «Bloquons la république des pollueurs», organisée par ANVcop21, Greenpeace et les Amis de le terre, a rassemblé plus de 2000 participants à La Défense le vendredi 19 avril. Dés 8h30 du matin, les activistes ont bloqué le siège de la Société Générale, de Total, d’EDF et le Ministère de la transition écologique, une partie d’entre eux à pu s’infiltrer dans les bâtiments. Pour nombre de participants, cette action était une grande première. Lassés de manifester, de signer des pétitions, sans pour autant être entendus, les citoyens se tournent de plus en plus vers l’action directe non violente.La désobéissance civile non violente consiste à mener des actions pacifistes, parfois à la limite de la légalité, afin de faire modifier une loi, ou une pratique, considérée comme injuste, tout en alertant l’opinion publique, dans le but de faire avancer le bien commun. Ce mode d’action peut s’appliquer à tous les domaines de la vie en société : les droits de l’homme, la finance, les ventes d’armes, la santé publique, l’écologie… Selon Les Amis de la Terre, AnvCop21 et Greenpeace, un réel rapport de force doit être engagé pour contraindre l’État, les banques et les multinationales à changer leurs pratiques. Pour cela, le recours à la désobéissance civile s’avère indispensable.

La République des pollueurs

 L’action «Bloquons la République des pollueurs», visait à dénoncer «l’alliance toxique entre Emmanuel Macron et les multinationales les plus polluantes, comme Total, la Société Générale, EDF», selon Clément Sénéchal de Greenpeace, quant au Ministère de l’écologie «il sert aujourd’hui simplement à faire du greenwaching pour maquiller les intérêts de ces entreprises qui passent avant la question climatique ». Juliette Renaud, porte parole des Amis de la Terre, abonde dans le même sens : «Les lobbyistes sont au sein même du gouvernement. Edouard Philippe était lobbyiste en chef d’Areva, la secrétaire d’état à l’écologie, Brune Poirson, était responsable développement durable pour Véolia en Inde, Emmanuelle Wargon était lobbyiste chez Danone et la liste est longue La République des pollueurs c’est cette alliance toxique entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. Le gouvernement doit défendre l’intérêt général et non les intérêts privés ». Les trois entreprises visées n’ont évidemment pas été choisies au hasard. Total est l’une des 20 entreprises qui émettent le plus de CO2 au monde. La Société Générale est la première des banques françaises à investir dans les énergies fossiles les plus dangereuses pour le climat, EDF produit 70 % d’énergie nucléaire, au détriment des énergies renouvelables. Sans que le gouvernement ne régule leurs activités. Pour les organisateurs, ainsi que pour les militants, il y a un « devoir moral de désobéissance », de ne plus cautionner un système « injuste et meurtrier ».

« Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité ! »

Tous les participants ont du suivre une formation à la désobéissance civile, afin de savoir comment agir, quel rôle endosser pendant l’action, quels sont les risques juridiques encourus. Garde-à-vue, tribunal… de nombreux citoyens sont prêts à assumer ces risques, à visage découvert. Pour cette action de grande ampleur, des bus ont été affrétés de plusieurs villes de France. Pendant plus de 10h, les 2000 citoyens mobilisés ont bloqué les sites, en chantant des slogans pour faire passer leur message mais aussi le temps, distribué des tracts, collé des centaines d’affiches « Macron, président des pollueurs », peint des slogans… Des portraits du président, récemment réquisitionnés dans les mairie de France par des militants dénonçant son inaction climatique, ont fait de brèves apparitions Le tout sous l’oeil tantôt indifférent, tantôt amusé ou agacé des passants. Le matin, un CRS à aspergé les manifestants de gaz lacrymogène devant la Société Générale. En milieu d’après-midi, les CRS ont commencé à déloger les manifestants, le plus souvent dans le calme, même si des moments de tension avec des activistes trainés au sol ont pu être observés lors de l’évacuation des locaux d’EDF. Ces moments de blocage de site sont aussi l’occasion de dialoguer avec les salariés des entreprises visée. Si certains ont crié au scandal, une grande partie d’entre eux disaient comprendre l’action. Pour les participants, c’est aussi un moment collectif fort. Eva, 23 ans, banderole à la main et large sourire au lèvres, confie « participer à cette action m’encourage beaucoup, je vois que je ne suis pas la seule à avoir des convictions, on est tous là pour défendre la même chose. Et l’ambiance est très conviviale, ça fait du bien». Cette mobilisation était aussi un message d’espoir : tout n’est pas terminé, on peut encore se battre.

Alexandra Scappaticci-Martin

Crédit photo : © Romain Nicolas / Amis de la Terre / ANV-COP21 / Greenpeace