ecriture d'albert camus à liliane c.

« Plus les phrases sont simples plus le courant passe » dit Stéphane Bailly dans son cours de stylistique. C’est marrant, j’ai toujours pensé ça.
En journalisme il est important d’être lu par le plus grand nombre. Bien sûr la qualité de l’information est primordiale mais le style d’écriture l’est tout autant.

Connaissez-vous l’écriture blanche ? On l’appelle aussi la ligne claire, ou le degré zéro de l’écriture, formulé par Roland Barthe en 1953. Une absence idéale de style parfaitement adaptée à l’exercice journalistique qui se doit d’être neutre, par nature. Ce minimalisme stylistique allié à la technique de parataxe, ou style coupé, permet de ne laisser transparaître aucune opinion, aucune valeurs morales, sentiments ou émotion.

Exemple.  Les bonnes fondent sur moi ; je leur échappe ; je cours me barricader dans la cave de la maison. (Chateaubriand, mémoires…)

Un peu de passé composé (ou participe passé), une absence de conjonctions causales et zou! vous avez un texte qui aligne les évènements les uns après les autres sans vraiment qu’ils soient reliés. Le texte devient plus un discours qu’un récit. Un compte rendu des évènements secs et concrets. Rajoutez une simplicité dans le vocabulaire, si possible répétitif, ayez le souci du détail à s’en rendre malade, vous avez un texte à l’écriture blanche.

Exemple. Un peu plus tard, pour faire quelque chose, j’ai pris un vieux journal et je l’ai lu. J’y ai découpé une réclame des sels Kruschen et je l’ai collé dans un vieux cahier où je mets les choses qui m’amusent dans les journaux. Je me suis aussi lavé les mains et, pour finir, je me suis mis au balcon. (Camus, l’étranger)

Lire : Écritures blanches dirigé par Dominique RABATÉ, Dominique VIART
ISBN 978-2-86272-495-9
date de parution : 27/08/09

Exercice d’écriture blanche. Pierre-Alain FAURE pour l’EMI.

Le paysage défilait à toute allure autour de nous, une inconnue m’a tendu le bras, impossible à le saisir. J’ai accéléré. Plus j’avançais, plus elle s’éloignait. C’est comme si je pataugeais dans de la colle, mes deux pieds s’enfonçaient à chaque pas plus profond. Un air de fanfare s’est mis à résonner au loin, incapable de déterminer sa provenance. Peut-être un air des Pink Floyd. Un brouillard épais brouilla ma vision, le son devint plus clair. Fondu au noir. Je me suis réveillé au son de Funky Dung que crachait mon téléphone portable à 7h30. Toujours ce moment de négociations avec cette conscience qui appelle à se lever. Et le corps gagne. Je me suis levé pour aller aux toilettes, et projeté de réinvestir mon lit. Comme une petite vengeance. Dans le couloir menant à ma chambre, l’odeur du café m’a fait bifurquer dans la cuisine. J’ai reporté ma vengeance au lendemain.

Les pieds nus posés sur le carrelage froid de la cuisine, j’ai vite levé les talons. J‘ai cherché mes tongs. J’ai commencé à lire avec un grand intérêt une brève dans le Canard Enchaîné. Puis une seconde et une troisième, que des nouvelles sordides. Des histoires de corruption, de déchets toxiques sauvages et de capitaines d’industries mis en examen. La routine. Chacune ravivait un peu plus ma capacité d’indignation.

8 heures. J’ai consulté le fil d’info sur mon téléphone. J’ai pensé qu’au bout des doigts, le monde révélait ses états d’âme. Idée idiote. Je m’arrête surtout sur les commentaires, plus instructifs.

9 heures, le lance mon ordinateur.

Le cabinet dentiste d’en face accusait déjà une longue queue de clients qui attendaient sur le trottoir. L’un deux déambulait devant la porte, un bras vissé sur sa tête tenait un téléphone portable, son autre bras faisait des allers-retours vers sa bouche qui crachait la fumée d’une cigarette.

Je me suis mis à consulter mes emails et mon agenda. 10 heures, mon navigateur affichait trente-sept onglets en attente d’être visités. Les chiffres situés en bordure d’icône comme des exposants en mathématiques, tentaient vainement de jouer leur rôle d’alerte. Certains, pour faire leur malin, changeaient de couleur ou s’animaient. Peut-être le scoop du jour se cachait-il derrière l’un d’eux.

Midi. Aucun scoop.  J’ai commencé à travailler, un peu.